Pourquoi… l’autorité sociale ? [Chapitre 2]

Je me pose décidément énormément de questions ces derniers temps… Mais il m’est apparu évident que ces réflexions sur des sujets variés ne méritaient pas d’être mises de côté. J’ai regardé, pour la seconde fois, un documentaire sur France 4 dimanche soir en deuxième partie de soirée relatant de l’autorité sociale, et de son application dans l’univers des jeux télévisés.

Pour ceux qui n’auraient pas vu le reportage ou n’en auraient pas entendu parler, un petit résumé :

Extrait de l'expérience de Milgram

Au début des années soixante, un scientifique, nommé Milgram, a tenté une expérience sous forme de jeu. Il a demandé à un certain nombre de candidats de poser une liste de questions à un partenaire, situé dans une autre pièce. A chaque mauvaise réponse, le partenaire (un acteur, avec des réponses pré-enregistrées) prenait des coups de courant, et ce de plus en plus fort jusqu’à la fin du jeu. Le binôme ressort donc gagnant s’il arrive au bout de l’aventure, sachant que les supposés coups de jus dépassent les 300 volts. On dit déjà aux enfants de pas foutre les doigts dans une prise à 220… Cette expérience tenait à démontrer que sous la pression d’une autorité supérieure, en l’occurence le scientifique surveillant l’expérience, une personne lambda était prête à passer outre ses valeurs personnelles (respect de la personne humaine, entre autres), car elle n’arriverait pas à se rebeller.

En 2010, l’expérience a été reconduite pour le documentaire « Le jeu de la mort ». Les scientifiques (sociologues et psychologues) engagés ont tenté de reproduire l’expérience de Milgram au plus près, afin de pouvoir comparer les chiffres et d’en tirer des conclusions. L’autorité est alors représentée par la présentatrice de la pseudo émission de télé, Tania Young, ainsi que par le public présent. Les cobayes savent alors qu’ils tournent un épisode pilote d’une émission de télé, et qu’ils n’ont pas 1€ à gagner dans cette histoire. Pourtant, sur les 80 personnes (sélectionnées dans un panel n’ayant jamais participé à un jeu TV), aucune ne refusera de tourner ce pilote, sachant pourtant qu’ils vont devoir faire subir un châtiment physique à leur partenaire.

Le Jeu de la Mort

Lors de la première expérience, si mes souvenirs sont bons, Milgram avait obtenu un total de 62% de participants, capables d’aller jusqu’au bout malgré les cris de douleur de leur partenaire et ses différentes injonctions à laisser tomber. Sur cette même expérience en 2010, 81% des candidats étaient capable d’aller jusqu’à la puissance maximum. Ils savent pourtant qu’ils ne gagneront pas un sou, mais les différents « ordres » formulés par la présentatrice, pourtant en retrait, et les appels du public (maîtrisés par un chauffeur de salle), auront poussé les participants jusque dans leur retranchement.

  • 16 personnes seulement, sur 80, ont réussi à passer outre l’autorité sociale qui les entourait.
  • 15 personnes sont allées jusqu’au bout sans manifester une seule fois leur inquiétude, ou leur désir d’arrêter.
  • Quasiment tous ont rit lors de la première exclamation de douleur de leur partenaire : le corps réagit de cette façon instinctivement, afin d’évacuer la tension, d’où l’expression « rire nerveux ».

Ces chiffres m’ont effrayée : comment peut-on en arriver là ? Comment un être humain, plein de valeurs, de principes, qui a été éduqué dans le respect de la dignité humaine, peut-il faire sciemment souffrir un inconnu pour… rien ? Et bien la réponse est simple : parce qu’en 2010, la télévision représente une autorité suprême, et même nos valeurs les plus profondément ancrées, ont du mal à la repousser.

Au-delà même de la télévision, j’ai essayé d’extrapoler cette expérience à différentes situations quotidiennes. L’autorité sociale est partout, au final : peu importent le discours que l’on tient et le sujet abordé, il y a presque toujours une oreille présente qui se transformera en une autorité supérieure au point que le discours, par son fond ou sa forme, finira par s’adapter, et ne plus être aussi représentatif de notre opinion.

Dans certains cas, ce sont nos amis ou connaissances qui sont cette autorité : difficile d’assumer parfois des goûts culturels totalement différents de ces agens, car il y a toujours un risque d’être jugé, étiqueté, et relégué au second plan. Et dans ce cadre social, ce sont ces amis qui possèdent le pouvoir de juger si oui ou non vous possédez une place dans ce cercle.

Le cadre du travail est lui aussi un endroit ou l’autorité sociale s’applique profondément – avec l’enjeu de l’argent en plus : si votre patron vous impose de faire une tâche qui remet en cause vos plus profondes valeurs, aurez-vous la force de dire non ? Peut-on remettre en question l’autorité supérieure quand celle-ci détient de pouvoir de vous licencier ? Je n’en suis pas sûre. Et je vous assure que prendre conscience de cela ne rend pas les affrontements silencieux durant les réunions plus faciles à digérer.

Enfin, la famille est elle aussi un bon exemple, car ce sont vos parents, vos frères et soeurs, qui vous jugent le plus sévèrement. En effet, contrairement à la croyance commune, votre famille place plus d’espoir en vous que tous vos amis réunis, ce qui fait d’eux les juges les plus difficile à convaincre, peu importe le discours que vous tiendrez.

Loin de moi l’envie de clore ce sujet, qui je pense ouvre justement de nombreuses réflexions supplémentaires, je terminerai tout de même cet article par une conclusion qui m’est propre. Et qui est rédigée bien loin de toute autorité sociale.

Je pense que tout le monde n’est pas soumis à toutes les autorités sociales qui l’entoure. En effet, à l’instar des 16 personnes du Jeu de la Mort, certains arrivent à se rebeller et à faire passer leurs valeurs avant tout. De plus, il y a certains cas dans lesquels cette autorité ne se manifeste pas : j’évoque ici ceux qui ont su s’entourer de personnalités ouvertes d’esprit, à la maison, ou au boulot. Si chacun était assez ouvert d’esprit, que le respect de l’autre et de ses choix était en première ligne dans l’éducation des mouflets, et que nous perdions notre capacité à juger ce qui ne nous regarde pas… alors peut-être qu’à ces seules conditions « l’autorité sociale »  serait bien moins présente, et donc moins lourde à supporter. Notons cependant, que si l’autorité sociale me chie dans les bottes, ce sujet très compliqué mérite bien plus qu’un article. Et que des tas de gens bien mieux que mois ont du traiter ce sujet de fond en comble.

En attendant, je vais tenter de vaincre cette autorité quasiment omniprésente au moins un petit peu, car je sais que je ne serai pas réellement moi-même tant que je continuerai de m’y soumettre.

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2 réflexions sur “Pourquoi… l’autorité sociale ? [Chapitre 2]

  1. Si l’autorité a vécu en tant que valeur, elle perdure en tant que mécanisme. C’est seulement pour elle une façon de s’incarner, de se présenter, de jouer, qui s’est défaite. Pour le reste, elle demeure une dimension effectuante de l’existence collective. Nos sociétés continuent de fonctionner à l’autorité… pour le meilleur et pour le pire. Sans plus de culte de l’autorité pour les justifier, les pratiques d’autorité n’en prospèrent pas moins. La personnalité autoritaire n’a pas disparu, elle a changé de profil. Car en cessant d’être avouée et révérée, l’autorité a pris à l’occasion des formes camouflées et perverses encore plus pénibles à supporter que leurs devancières. Pourtant, ces dévoiements ne sont que la contre-partie d’un rôle indispensable et positif que continue de jouer l’autorité. Il suffit d’imaginer une société où elle n’existerait pas, où il n’y aurait plus que la force et le droit, de la contrainte physique ou légale, pour se convaincre du cauchemar qu’elle nous épargne.

    • En effet, il est en écrivant la conclusion ce l’article, je me disais aussi que cette autorité avait forcément un rôle positif à jouer, et si elle n’existait pas, cela signifierait une totale disparition de la capacité de jugement, qui est une des valeurs propres à l’Homme. En bref, je voulais juste signifier pour conclure que ce sujet, s’il m’a beaucoup fait réfléchir, s’est aussi révélé n’être qu’une pierre dans l’édifice des valeurs humaines et du fonctionnement de nos sociétés, modernes ou beaucoup moins. Je n’ai ici qu’entrouverte la porte à une réflexion beaucoup plus poussée, et libre à chacun de développer tout cela comme tu viens de le faire, et je t’en remercie. A bientôt !

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