Pourquoi… le respect ? [Chapitre 3]

Vaste sujet que celui-ci, et clairement dépendant du point de vue de chacun. La définition du respect selon Larousse est celle-ci : « Sentiment de considération envers quelqu’un, et qui porte à le traiter avec des égards particuliers. »

Rien de transcendant en somme, il parait aisé de suivre à la lettre cette définition. Et quand bien même autrui n’aurait pas assez d’importance à nos yeux pour mériter des « égards particuliers », il suffirait alors de ne lui porter aucun égard, et de lui être indifférent. Il s’agirait alors en soi d’un certain respect, en tout cas, cela permettrait de ne pas être irrespectueux.

On entend assez souvent parler du respect au sujet des « personnes de couleur », des « personnes de petite taille », ou bien encore des « personnes en situation de handicap » – et on notera déjà la preuve de respect induite dans ces expressions utilisées désormais couramment.

Mon questionnement n’est pas dans ces situations, ayant été – il me semble – éduquée dans la tolérance, le partage et l’ouverture d’esprit, tout cela est pour moi bien acquis, et quiconque y opposera ses pseudos-arguments racistes se verra récompensé d’une rafale de phalanges bien placée. De façon imagée, of course. Les questions que je me pose se situent plutôt dans les marques d’irrespect beaucoup plus subtiles, dont nous sommes témoins ou même acteurs au quotidien sans vraiment nous en rendre compte.

  • L’irrespect du physique

L’être humain a depuis toujours pris l’habitude de se fier à une norme, qui a évolué au fil du temps, et de considérer ce qui sort de cette norme comme indigne de son respect. Si je parle de façon générale et que je sais que ce n’est pas le cas de chacun, il est devenu commun de se moquer du physique d’un proche, d’un inconnu dans la rue, d’une personnalité en photo, parce que ses caractéristiques physiques ne répondent pas à des critères entrant dans notre norme. Faire remarquer à quelqu’un qu’il est mal habillé, avec du tact et de la délicatesse, passe encore. Mais exposer une critique sur le physique de l’autre alors qu’il s’agit d’une donnée de sa vie qu’il n’a pas pu choisir, me semble être le comble de l’irrespect. Non, je n’ai pas choisi d’avoir de l’acné à l’adolescence, d’avoir de petits seins et la voix qui porte. Et si les critiques sur le physique sont parfois faciles à assener, elles sont dures à entendre : savoir que l’on subit ce jugement de la norme, qui est pourtant notre référence pour nommer ce qui est acceptable ou non, c’est comme prendre un boomerang dans les dents.

  • L’irrespect du travail

Chacun à notre manière, nous produisons des efforts, tout au long de la journée, afin d’accomplir des tâches. A titre professionnel ou privé, nous produisons un travail qui nous est propre, qui nous fatigue ou dont nous sommes fiers. Malheureusement j’ai trop souvent constaté un manque de respect envers le travail de l’autre, comme si l’effort qu’il avait produit ne méritait aucun intérêt. Faire un détour pour éviter de marcher sur un carrelage mouillé et fraîchement lavé, c’est déjà un bel égard envers celui ou celle qui vient de passer la toile à pavés. J’ai trop souvent entendu dire « c’est pas grave, y’a des gens qui sont payés pour ça« , dans des dizaines de situations différentes. Mal ranger un produit que l’on a pris dans un rayon de magasin et dont on ne veut plus, renverser un verre sur la table de salon étincelante et laisser le café la marquer d’une auréole collante… Tout cela n’est à mes yeux qu’une forme d’irrespect vicieuse qui se cache derrière des gestes banals du quotidien.

  • L’irrespect de la condition humaine

Qu’est-ce qui fait le propre de l’homme ? Cette question posée en cours de philo à toutes les sauces obtient nombre de réponses : le rire, la pensée, la parole, les sentiments… Toutes ces réponses sont autant d’axes qui peuvent être sujets à des attaques irrespectueuses, dès lors que l’on choisit de priver son prochain d’une de ces capacités qui lui sont propres. S’il y a une forme d’irrespect qui me répugne et me faire sortir de mes gonds, c’est bien celle-là. Voyons quelques exemples : dans le cadre du travail, l’Homme n’est aucunement une machine. Il est impensable d’imaginer qu’un être humain puisse respecter des règles de productivité mathématique infaillibles, parce que contrairement à son collègue robotisé, il éprouve des sentiments et des émotions qui font fluctuer son rendement. Et cela n’est guère punissable, car si aux yeux d’un contrat de travail établi, chacun est censé produire telle quantité de produit fini ou apporter tel chiffre d’affaires, il faut savoir admettre qu’une baisse de régime peut faire diminuer ces résultats, et que cela est excusable ! C’est pourquoi il est d’ailleurs nécessaire, dans le cadre du travail, de mettre ses salariés, collègues ou associés dans de bonnes dispositions afin qu’ils soient plus utiles, productifs, etc. (Cela est discutable, j’en conviens, mais toujours plus respectueux, même si tortueux, que l’ignorance des sentiments de son prochain). De même, il est inhumain de priver un Homme de sa liberté de penser, mais cela a déjà été constaté au sein des régimes totalitaires qui font partie de notre Histoire comme du présent de ce monde…

  • L’irrespect des points de vue

Le débat est un élément essentiel pour faire avancer la société, et c’est pourquoi je pense qu’être irrespectueux du point de vue de l’autre au point de ne pas pouvoir ouvrir le débat, est une profonde forme d’irrespect. Il est important pour chacun de pouvoir exposer son point de vue, sur des sujets divers et variés, afin de pouvoir avancer. Qu’il s’agisse de questions futiles telles que les goûts cinématographiques ou musicaux, ou bien plus profondes comme en politique, une personne irrespectueuse du point de vue de l’autre fera un mauvais intervenant dans le cadre d’un débat. Il n’écoute pas, coupe la parole, parle plus fort que les autres, et c’est de par ces prestations à limite du supportable qu’il finira lui-même par être raillé par ses homologues. L’arroseur arrosé !

Si le propre de l’Homme peut résider dans sa capacité à éprouver des sentiments, et donc à souffrir d’une injustice dont il a été victime, cela explique clairement ma haine de l’irrespect : aucun de nous n’est né pour souffrir de la faute de son prochain. Même une souffrance brève, à cause d’une critique mal placée, peut devenir un vrai calvaire si elle est répétée. L’irrespect de la condition humaine peut pousser la victime à se remettre en question au point d’oublier de se respecter elle-même… Chaque petite manifestation de cet irrespect peut prendre des proportions énormes, et pousser à des extrémités que l’on imagine pas.

Si je fais le nécessaire pour être respectueuse de ceux qui m »entourent, je ne suis pas à l’abri d’une moquerie envers un proche, un peu d’humour noir… Mais cela n’est jamais fait sans humour, on peut être cynique et respectueux, et c’est là toute la difficulté de la chose d’ailleurs. Trop croient y arriver, mais en sont malheureusement bien loin. Enfin, dans certains cas j’ai été – je suis et je serai encore – la victime de cet irrespect. Autant que faire se peut, j’essaie parfois d’étudier certaines de mes souffrances, afin d’en trouver la raison. Dans bien des cas j’ai compris que je subissais l’irrespect de quelqu’un, de façon minime ou bien plus poussée. Je pense alors que c’est en vainquant le mal à la source que j’arriverai peut être à moins souffrir, et j’invite chacun à en faire autant.

 

Kaa’