Pourquoi… se fixer un but ?

Loin de penser à tout ce que j’aurais pu faire de mes années passées, je me demande surtout ce que je vais faire de celles qui me restent à écluser. A quelques jours de mon vingt-quatrième anniversaire, soit même pas un quart de siècle, je me dis que j’ai déjà tracé un bon bout de chemin.

En fin de compte, j’ai fait tout ce que l’on attendait de moi : je suis allée à l’école et ai obtenu des résultats plutôt satisfaisants. J’ai fait des études qui m’ont intéressée, et j’ai trouvé un job dans ma filière à peine deux ans après avoir obtenu mon diplôme. Je n’ai pas passé plus de deux mois au chômage dans ma vie, ça a presque été trop facile.

J’ai rencontré mon mari actuel il y a bientôt sept ans, nous sommes mariés depuis deux ans, notre fils entre à l’école demain et notre deuxième enfant est à l’heure actuelle en train de faire des pirouettes dans les confins de mon utérus.

J’essaie d’être pour mes parents la fille qu’ils désiraient, et pour mon fils une maman exemplaire. Une soeur attentive et présente pour mes frères, une amie disponible, une collègue dévouée et agréable, une femme fidèle et aimante.

Alors, serais-je déjà arrivée au bout de quelque chose ? Oui, j’en ai l’impression. Mais j’ai surtout la certitude que ce n’est que le début d’une autre aventure, de quelque chose d’encore mieux, où je serai encore plus à ma place. Si dans ma vie quotidienne je pense que peu de chose changeront avant encore des années, je sais qu’au fond de moi quelque chose est prêt à évoluer, ma vision des choses de la vie n’est plus la même.

Je ne sais pas quel est le but de l’Homme sur Terre. Je ne sais pas non plus si nous avons un but unique, valable pour chacun d’entre nous en tant qu’individu, ou si au fond nous sommes tous là pour accomplir une mission commune, une mission plus grande. Ou bien est-ce un peu des deux : chacun est né pour accomplir un but unique qui est finalement la pièce d’un puzzle géant, où chaque pièce a été conçue pour s’imbriquer dans une autre. Je n’obtiendrai jamais la réponse à cette question, et je n’ai pas l’intention de réfléchir à l’échelle de la planète.

A ma toute petite échelle, j’ai récemment choisi de suivre un seul et unique but : l’autosatisfaction. Contrairement à ce que l’on peut croire, cela n’a rien d’un but égoïste, puisque il n’est pas dit que les actions qui me satisferont seront toutes égoïstes. Je tenterai d’appliquer ce qui me parait juste, d’agir selon des principes de vie qui me sont propres, et d’être aussi respectueuse que possible de ce(ux) qui m’entoure.

Cette résolution prise, je me sens comme libérée d’un poids, comme si cette si simple idée avait toujours été à portée de main, et que je n’avais cessé de lui courrir après au ralenti, comme dans ces songes pénibles que l’on fait parfois. Quand j’aurais un choix cornélien à faire, je me poserai une seule question : « quelle est l’option qui te satisfera le plus, toi ? »

Pour autant, je ne marcherai pas sur les plates-bandes de mes collègues demain pour arriver à mes fins, et je ne dévouerai pas toutes mes heures de temps libre à soulager mes aïeuls de leurs corvées sous prétexte que ma satisfaction passe par les services que je leur rend ou par mon ascension professionnelle. Mais peut-être que demain, j’irai acheter une plante verte, parce que j’en ai envie.

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Les derniers jours d’un condamné

Il y a deux jours, grâce à Twitter, j’ai découvert le blog uncondamne.tumblr.com ainsi que le compte twitter qui y est associé, @uncondamne. Derrière ce pseudonyme, on découvre petit à petit un homme de 58 ans, à qui l’on vient d’annoncer qu’il ne lui reste tout au plus qu’une trentaine de jours à vivre. Cet homme, sur les conseils de son fils, et puisqu’il a toujours porté un certain intérêt à l’écriture, décide de rédiger ses derniers jours, un peu sous forme d’un journal intime, et nous livre à chaque « épisode » son ressenti.

Nonchalant, presque blasé de tout ce qui l’entoure, on apprend aujourd’hui, le troisième jour de son récit, qu’il s’est fait porter pâle au boulot et en a même profité pour faire un beau pied de nez à son patron. Cet homme dit être financièrement très à l’aise, parle un peu de sa femme, de ses enfants déjà adultes. Finalement, cet homme pourrait être n’importe qui de notre entourage, il pourrait même romancer un peu sa situation professionnelle, par exemple. Parce que vu le buzz que cela semble créer, il pourrait être vite reconnu : d’environ 500 followers au deuxième jour, il passe au troisième jour à 3457 abonnés (1000 de plus que ce matin d’ailleurs !).

Les avis sur l’expérience semblent bien partagés, et le mien l’est aussi d’ailleurs. Les commentaires sont soit émus, tristes, plein de messages de courage pour cet homme qui, même s’il ne parle pas de sa douleur physique doit tout de même en éprouver ; soit l’on crie au fake, à l’arnaque, à la publicité.

Pour ma part, si cette histoire est bien celle d’un homme qui vit ses derniers jours, tout d’abord je lui tire mon chapeau. Pour avoir vécu auprès d’un de ces « condamnés » de la maladie, une de ses victimes inconnues, ses derniers jours et ses souffrances, alors je sais que décrire ce ressenti doit être bien difficile. Mon condamné à moi ne parlait pas, ne disait pas du tout ce qu’il pensait, jusqu’au bout je me suis demandée s’il était conscient de ce qui lui arrivait, que seulement quelques jours l’éloignaient de la fin. Du coup, j’ai presque envie de remercier cet homme qui rédige chaque jour son ressenti et le livre à la planète entière grâce au web de nous faire partager cela, car tant que l’on ne l’a pas vécu, on ne peut pas imaginer une seule seconde ce que cela doit provoquer, là, au fond des tripes, au fond de l’âme.

Si cela n’est qu’un fake, je ne crierai pas au scandale. Tout simplement pour les mêmes raisons que citées précédemment : est-ce vraiment grave si la personne qui rédige cela est simplement un bon auteur ? En voudrez-vous à l’agence qui aura mis sur place cette belle opération, qui fera certainement prendre conscience aux ignorants que les maladies incurables sont une douleur insupportable, tant pour le corps que pour l’esprit ? Non, et je pense que ce ne serait pas légitime d’ailleurs.

Mais ceci dit, je suis parfois aussi sceptique. Quelques jours seulement après la fin de l’aventure de Léon Vivien, sur Facebook, on a pu aisément remarquer qu’humaniser un personnage fictif, le faire vivre son quotidien au côté du nôtre, est une technique très efficace pour sensibiliser les internautes qui semble pourtant les moins aptes à s’investir. Alors, pourquoi, sur cet exemple là, une agence, une association, ou une marque, n’aurait-elle pas tenté cette aventure sous forme de blog ?

Reste la question de suivre ou non ce nouveau compte Twitter, ce blog parmi tant d’autres. Curiosité macabre ? Empathie ? Lecture prise à la légère ? Peu importe, je pense que quiconque aura suivi cette aventure en sortira changé, et c’est tant mieux.

On verra donc d’ici une trentaine de jours ce qui arrive à cet homme. J’ai envie de dire « j’espère que c’est un fake, et que cette personne n’est pas en train de vivre cela », mais même si ce condamné est fictif, il y en a pendant ce temps des milliers d’autres qui sont bien réels.

 

Kaa’

50 nuances de Grey – E. L. James

50 nuances de grey

Après en avoir entendu parler environ… quelques milliers de fois, avec des amis, sur la toile ou encore à la télé, je me suis dis qu’il était temps de me laisser tenter par 50 nuances de Grey. Je savais que je commençais là un livre bourré de scènes érotiques, mais qui avait tout de même réussi à se placer numéro 1 dans les ventes de livres en 2012. C’est donc sans préjugé aucun, mis à part peut-être un « C’est trop biiieeen ! » généralisé, que j’ai ouvert les premières pages du livre. Au fond, je craignais tout de même l’effet « Bienvenue chez les Ch’tis » : une oeuvre annoncée géniale, saluée par le public, dont on a entendu parler de nombreuses fois, mais qui s’avère finalement n’être qu’un film banal au scénario sans surprise – ou bouquin dans notre cas.

Synopsis

A ceux ou celles qui n’auraient pas lu le livre, je résume : Anastasia Steele, étudiante en dernière année, se retrouve en interview pour le journal de sa fac face à Christian Grey. Pas beaucoup plus âgé, mais imposant de par sa prestance et son physique parfait, il finit par la retrouver après l »interview, et commence entre eux une histoire d’amour – ou plutôt de cul, finalement. Et je m’arrêterai là dans le résumé au risque de spoiler d’éventuels intéressés.

Les personnages

Clairement, on retrouve là un Edward et une Bella de Twilight. Une jeune fille en fleur, qui passe son temps à se questionner et un bellâtre richissime parfait physiquement, qui fait tomber toutes les nanas au moindre regard. Anastasia semble rongée par les doutes tout au long du bouquin, mis à part pendant les (nombreuses) parties de jambes en l’air, pas grand chose ne semble la réjouir. Elle mène une vie banale, en dehors de sa relation avec Christian, peut-être ce qui a plu à un grand nombre de lectrices, car finalement cette vie quotidienne tellement normale permet aisément de s’identifier à l’héroïne.

Christian quant à lui ne ressemble à personne. Je n’ai peut-être pas assez de références en matière de films ou de livres pour pouvoir le comparer à qui que ce soit, si ce n’est éventuellement un Mark Sloane de Grey’s Anatomy (Tiens, un nom en commun), en plus jeune. Son expérience en matière de sexualité, mais aussi professionnelle, me paraît tellement démesurée qu’il est très peu réaliste à mon avis. Mais c’est peut-être aussi cela qui permet de s’identifier : mis à part dans un fantasme douloureusement sensationnel, aucune femme ne pourra vivre une expérience identique aux scènes du bouquin. D’où l’idée de « fantasme » d’ailleurs.

L’intrigue

Répétitive, c’est certain. Mais honnêtement, c’est comme avoir regardé un film X : quand on en a vu un, on a fait le tour de la question. Et bien là, c’est un peu la même chose finalement. Heureusement, il reste l’intrigue principale autour de laquelle gravitent les scènes plus hot. Mais clairement, ce que chacun attend, ce sont les scènes de sexe. Elles sont légion, mais ne se ressemblent pas, donc il y a quelques surprises de ce côté là.

Il faut savoir – et je l’ai appris aujourd’hui même d’ailleurs – que l’auteure du livre est à la base une fan de Twilight, qui s’est fait connaître notamment grâce aux fanfictions (on y revient toujours). Face au succès d’une de ses fictions, elle a tenté de transformer ses écrits en oeuvre originale. Je comprends donc la ressemblance des personnages principaux avec ceux de la saga vampirique, difficile de s’éloigner des personnages d’une oeuvre sur laquelle se sont fondés tous nos écrits, et croyez-moi, je sais de quoi je parle.

Les scènes de sexe

Parce qu’il faut bien en parler ! Elles sont bien écrites, de mon point de vue, et assez bien construites. Le plaisir de la jeune femme semble aller crescendo – je ne parlerai pas de son partenaire qui lui est toujours prêt à l’assaut, peu importe la situation – et le plaisir à la lecture s’en ressent. Et je trouve bien plus divertissant et excitant de lire une scène de cul bien écrite que de regarder un porno exubérant. J’en ai vu peu, mais ça laisse tellement peu place à l’imagination que s’en est frustrant. Et puis, la face que peut avoir un homme ou une femme en plein orgasme, c’est franchement pas bandant – passez moi l’expression. Alors qu’au moins, en lisant une scène de sexe dans le bouquin, il me semble que l’on peut imaginer ce que l’on veut. Et pour ma part, je préfère imaginer les personnages sans visage précis, ce n’est pas le plus intéressant, il faut bien l’avouer.

Par contre, là où ce bouquin rejoint clairement les films pornographiques/érotiques, c’est dans l’absence de réalisme. C’est fantasmagorique, mais pas toujours probable : non, aucune fille que je connais a un orgasme à tous les coups ; même si l’on pratique le sexe pendant les règles, aucun homme n’arrache sauvagement le tampon de sa femme en trouvant ça excitant ; et enfin, une première fois aussi réussie, euh… je cherche encore des femmes qui pourraient en témoigner.

L’aspect sadomasochiste des scènes de cul, par contre, m’a un peu déçu. Comme je l’ai dit récemment à une amie, le SM c’est très particulier – et je ne parle pas de pratique, cela ne nous regarde pas – mais là, je n’ai qu’à peine été surprise. Peut-être dans la suite de la saga, notamment 50 nuances plus sombres, tout cela se corsera-t-il un peu, mais je m’attendais à bien plus dans ce premier livre. Je n’ai pas envie de tout gâcher, donc je ne donnerai pas plus de détails, mais celles (et ceux, éventuellement) qui sont allés au bout du livre, je suis avide de connaître votre avis !

A lire, sans prétention aucune

Clairement, oui, je recommande ce bouquin. C’est clairement une lecture féminine : j’imagine pas un homme lire 50 nuances de Grey sans se sentir un peu con face aux performances hors normes de Christian, et ennuyé pendant les moments d’introspection d’Ana. Donc, je vous le recommande, mesdames. (Si un homme s’y essaie, là aussi je suis trèèèès curieuse de connaître son avis, qu’il se manifeste !)

Lire 50 nuances de Grey, c’est lire un livre érotique sans culpabiliser, parce que tout le monde l’a lu. Alors qu’emmener un autre bouquin du genre au titre parfois évocateur, dans le métro ou dans la salle d’attente du médecin, c’est moyen ! Je lirai la suite, très certainement. Mais le critère ultime est le suivant : je le lirai, mais je ne l’achèterai pas !

Kaa’

Pourquoi… les relations humaines ? [Chapitre 4]

Y’a des moments dans la vie où l’on se pose tellement de questions que l’on en vient à ce demander si l’on ne devient pas un peu égocentrique. Que dois-je faire ? Que vais-je devenir ? Pourquoi ai-je fait tel choix ?

Cependant, si ces questions et ces choix sont propres à chacun, force est de constater que les relations que nous entreprenons avec le reste de l’Humanité n’y sont pas pour rien. A chaque moment de notre vie, il est question des autres, et je m’acharne à dire que l’on est jamais seul.

Je n’ai qu’effleuré les relations humaines, avec à peine un quart de siècle au compteur. Et pourtant, à force de cogiter sur ma petite personne, j’ai été obligée de réfléchir aux autres. Nous faisons nos choix à cause de notre entourage, au sens large du terme, mais aussi pour notre entourage. Tous ceux qui nous entourent sont parfois la cause, parfois l’effet et bien souvent les deux.

J’ai déjà abordé ici un des choix primordiaux de ma vie, développant pourquoi j’ai voulu un enfant. Mais j’ai pris énormément de décisions en un très court laps de temps, car vingt-trois ans, c’est finalement très peu. J’ai choisi mes études, ma carrière professionnelle même si elle n’en est qu’à ses prémisses, les gens que je fréquente, les passions que je pratique, etc. Et à chaque fois, à l’origine, il y a eu quelqu’un, et à chaque fois, en conséquence, il y aura quelqu’un.

Je me plais à réfléchir souvent à qui a pu m’influencer dans mes différents choix : pour ma carrière, il y aura sans doute mes parents : comme je le dis souvent, ils m’ont appris la gagne, la persévérance, l’envie d’avancer et de monter toujours plus haut, de croire en soi et en ses projets. Pour toutes les passions que je pratique, il y aura mes amis, que j’ai pu côtoyer dans le monde réel ou sur la toile…

Dans mes choix, j’ai embarqué avec moi de nombreuses personnes, consciemment ou non. J’en viens à la conclusion qu’il est important de se souvenir de toutes les décisions que nous avons prises, et de ce qu’elles ont causé. Mais je pense aussi qu’il faut chaque jour remercier ceux qui ont fait de nous ce que nous sommes, même inconsciemment. Par exemple, je remercie aujourd’hui le prof de biologie misogyne, acariâtre et condescendant qui m’a donné des cours pendant toute mon année de seconde, qui m’a mis mon premier zéro pointé de toute ma scolarité, car j’avais osé lui interdire de m’appeler « chérie » : grâce à toi, misérable looser insignifiant, j’ai appris qu’en y perdant mathématiquement, on peut gagner mille fois plus humainement.

Encore une fois

Je regarde la pendule de mon bureau et constate que la journée s’achève enfin, je vais pouvoir rentrer chez moi. Mon mari m’y attend ainsi que mes enfants, et je sais d’ores et déjà que la soirée va être aussi épuisante que routinière. Les enfants vont se chamailler, finir par allumer la télévision. Une fois lobotomisés par les programmes débiles des grandes chaînes nationales, il finiront par refuser de venir à table. Leur père et moi nous énerverons contre eux pour qu’ils viennent manger, puis l’un sur l’autre pour une raison que j’ignore encore, mais cela se produira j’en suis certaine. Les corvées terminées, les enfants couchés, encore une fois nous nous installerons sur le canapé, pieds sur la table basse avec un verre de vin à la main. Encore une fois, nous choisirons chacun une occupation différente, et encore une fois, nous finirons par faire l’amour dans la salle de bain avant d’aller se coucher. Si je peux me vanter d’avoir des rapports sexuels réguliers en dehors d’un plumard, ce n’est pas pour autant que je m’estime avoir une vie intime très animée. Et d’ailleurs cela me convient plutôt bien car encore une fois, je trouverai mon mari très attirant, avec ses airs un peu hautains mais bien mérités, son allure impeccable et son sourire charmeur.

J’attrape mon sac à main sous mon bureau, et ma veste sur le porte-manteau. Comme chaque soir je cherche mes clés partout avant de me rendre compte qu’elle sont dans ma poche, je jette un dernier regard à mes emails, encore trois nouveaux sont tombés depuis que je me suis levée de mon siège, mais tant pis. La journée est terminée pour tout le monde dans l’immeuble, et les choses ne pourront pas évoluer en une nuit, alors j’éteins mon écran et je claque la porte de mon bureau.

Dans le couloir je croise quelques collègues, eux aussi sur le départ. Je m’apprête à leur dire au revoir sur le parvis de l’immeuble, mais tous s’étonnent de me voir partir ainsi. Il semblerait que j’ai oublié une invitation. Encore une fois, je suis tellement formatée à ma vie quotidienne et à répéter de façon mécanique les mêmes gestes que j’en aurais oublié cette soirée prévue depuis quelques semaines. J’attrape mon téléphone dans mon sac à main dans le but d’appeler à la maison et de prévenir que je ne serai pas là pour le coucher des enfants, mais il semblerait que je sois la seule à avoir oublié. Un SMS m’attend.

« Les enfants ont dîné et sont prêts à se coucher. Il reste une part de gratin dans le four. Je dormirai quand tu rentreras donc à demain. Bonne soirée, je t’aime. »

C’est donc bizarrement sans difficulté que j’arrive à effacer de ma mémoire cette soirée routinière qui m’attendait. Nous partons ensemble en direction du centre ville pour prendre un verre, je referme un peu plus ma veste pour empêcher le vent de se faufiler jusqu’à mon cou.

La soirée se déroule sans accroc, c’est la première fois que je prends le temps de sortir avec mes collègues de travail. Ils ont, semble-t-il, leurs habitudes dans le petit bar qui sent le tabac froid et la bière bon marché. Plus habituée au verres de Bordeaux près de la cheminée, je ne me sens pas trop à ma place dans ce genre d’endroit. Pourtant, je me rappelle qu’il y a quinze ans, c’était sur ce genre de sièges que je restais des heures, ce type de barmans que je draguais, et ces mêmes musiques entêtantes que j’écoutais.

Les discussions vont bon train, et après quelques pintes englouties, nous nous dirigeons vers la sortie. A force d’effectuer des allers-retours à l’extérieur pour fumer cigarette sur cigarette, ma tenue ne ressemble plus à rien. Ma robe est froissée, et mes pieds tellement endoloris que je n’arrive plus à aligner correctement un pas devant l’autre. Ou bien est-ce simplement que le taux d’alcool dans mon sang dépasse quelque peu le seuil autorisé. Je sors pourtant les clés de ma voiture, mais un de mes collègues me rattrape avant de que je ne puisse tous les saluer de la main et m’enfourner dans me parking sous-terrain de notre immeuble.

Sa cravate desserrée pend lamentablement autour de son cou et il tient sa veste sur son bras. Il prononce quelques mots que je n’écoute qu’à moitié et je me perds dans ses prunelles claires. Je comprends seulement qu’il ne veut pas me laisser partir dans cet état, et même si je suis certaine d’être capable de conduire, cette invitation à rester en sa compagnie tombe à pic. Je n’ai pas envie, encore une fois, de rentrer me glisser entre les draps chauds de ma chambre si froide, où rien d’autre ne m’attend que les ronflements continus de mon mari.

***

Au petit déjeuner ce matin, les enfants sont installés à la table de la cuisine, et engloutissent leurs viennoiseries. J’ai la tête embrumée et le rêve de la nuit dernière me laisse un goût indescriptible dans la bouche. Encore une fois, je prends le chemin du travail et je retrouve devant l’immeuble les mêmes collègues qu’hier. Certains terminent leur cigarette pendant que d’autres soufflent sur le bout de leurs doigts en essayant tant bien que mal de se réchauffer. Celui avec qui j’ai rêvé avoir passé une partie de la nuit est déjà là. Je le vois quelques mètres plus loin dans son costume et sa cravate bien nouée, et comme chaque matin je m’approche pour lui dire bonjour. Il inhale toute la nicotine dont il a besoin avant de se jeter dans une dure matinée de travail, et alors qu’il s’apprête à jeter son mégot, nos regards se croisent et nos sourires se répondent, mais pas un mot ne franchit nos lèvres.

La matinée suit son cours et j’ai la tête ailleurs. Rien n’a changé et cette journée est encore une fois la même. Quand bien même cette soirée auraitexisté, rien n’a lieu pour confirmer ou infirmer mes pensées. Comme chaque fois, aucun collègue ne reparlerait au travail de ce qui se serait passé en soirée. C’est la première règle du Fight Club, n’est-ce pas.

Quand ma journée de travail se termine, il fait déjà nuit dehors, et je vois de grosses gouttes de pluie s’écraser sur la vitre de mon bureau. Huit étages plus bas, les phares défilent sur les artères de la ville, et je vais devoir reprendre ma voiture pour rejoindre le périphérique. Il y a tout juste vingt-quatre heures, je ne me posais aucune question et je subissais ma routine comme chaque jour, pourtant ce soir, l’agréable rêve de la nuit a changé mon regard sur mon quotidien, et me laisse pensive.

Quand je rentre, mon mari est déjà derrière les fourneaux, je dépose un chaste baiser sur ses lèvres et interpelle les enfants qui jouent aux pirates dans le salon. Tout est si normal que j’en oublie le rêve de cette nuit et le visage de mon collègue. Mon mari prépare un petit plat dont il a le secret, et je me sers un verre de vin, que je vais déguster en feuilletant un livre devant la baie vitrée. J’entends au loin la vaisselle cliqueter dans les placards, et je sens que le dîner est bientôt prêt. Les enfants sont allés prendre une douche et redescendent en pyjama. Nous allons encore une fois dîner en famille, et mettrons le point final à cette soirée en duo dans la salle de bain. En déposant les assiettes sur la table à manger du salon, mon mari m’interpelle :

« Au fait chérie, tu n’as pas mangé le gratin que je t’avais laissé dans le four ? »

Pourquoi… le respect ? [Chapitre 3]

Vaste sujet que celui-ci, et clairement dépendant du point de vue de chacun. La définition du respect selon Larousse est celle-ci : « Sentiment de considération envers quelqu’un, et qui porte à le traiter avec des égards particuliers. »

Rien de transcendant en somme, il parait aisé de suivre à la lettre cette définition. Et quand bien même autrui n’aurait pas assez d’importance à nos yeux pour mériter des « égards particuliers », il suffirait alors de ne lui porter aucun égard, et de lui être indifférent. Il s’agirait alors en soi d’un certain respect, en tout cas, cela permettrait de ne pas être irrespectueux.

On entend assez souvent parler du respect au sujet des « personnes de couleur », des « personnes de petite taille », ou bien encore des « personnes en situation de handicap » – et on notera déjà la preuve de respect induite dans ces expressions utilisées désormais couramment.

Mon questionnement n’est pas dans ces situations, ayant été – il me semble – éduquée dans la tolérance, le partage et l’ouverture d’esprit, tout cela est pour moi bien acquis, et quiconque y opposera ses pseudos-arguments racistes se verra récompensé d’une rafale de phalanges bien placée. De façon imagée, of course. Les questions que je me pose se situent plutôt dans les marques d’irrespect beaucoup plus subtiles, dont nous sommes témoins ou même acteurs au quotidien sans vraiment nous en rendre compte.

  • L’irrespect du physique

L’être humain a depuis toujours pris l’habitude de se fier à une norme, qui a évolué au fil du temps, et de considérer ce qui sort de cette norme comme indigne de son respect. Si je parle de façon générale et que je sais que ce n’est pas le cas de chacun, il est devenu commun de se moquer du physique d’un proche, d’un inconnu dans la rue, d’une personnalité en photo, parce que ses caractéristiques physiques ne répondent pas à des critères entrant dans notre norme. Faire remarquer à quelqu’un qu’il est mal habillé, avec du tact et de la délicatesse, passe encore. Mais exposer une critique sur le physique de l’autre alors qu’il s’agit d’une donnée de sa vie qu’il n’a pas pu choisir, me semble être le comble de l’irrespect. Non, je n’ai pas choisi d’avoir de l’acné à l’adolescence, d’avoir de petits seins et la voix qui porte. Et si les critiques sur le physique sont parfois faciles à assener, elles sont dures à entendre : savoir que l’on subit ce jugement de la norme, qui est pourtant notre référence pour nommer ce qui est acceptable ou non, c’est comme prendre un boomerang dans les dents.

  • L’irrespect du travail

Chacun à notre manière, nous produisons des efforts, tout au long de la journée, afin d’accomplir des tâches. A titre professionnel ou privé, nous produisons un travail qui nous est propre, qui nous fatigue ou dont nous sommes fiers. Malheureusement j’ai trop souvent constaté un manque de respect envers le travail de l’autre, comme si l’effort qu’il avait produit ne méritait aucun intérêt. Faire un détour pour éviter de marcher sur un carrelage mouillé et fraîchement lavé, c’est déjà un bel égard envers celui ou celle qui vient de passer la toile à pavés. J’ai trop souvent entendu dire « c’est pas grave, y’a des gens qui sont payés pour ça« , dans des dizaines de situations différentes. Mal ranger un produit que l’on a pris dans un rayon de magasin et dont on ne veut plus, renverser un verre sur la table de salon étincelante et laisser le café la marquer d’une auréole collante… Tout cela n’est à mes yeux qu’une forme d’irrespect vicieuse qui se cache derrière des gestes banals du quotidien.

  • L’irrespect de la condition humaine

Qu’est-ce qui fait le propre de l’homme ? Cette question posée en cours de philo à toutes les sauces obtient nombre de réponses : le rire, la pensée, la parole, les sentiments… Toutes ces réponses sont autant d’axes qui peuvent être sujets à des attaques irrespectueuses, dès lors que l’on choisit de priver son prochain d’une de ces capacités qui lui sont propres. S’il y a une forme d’irrespect qui me répugne et me faire sortir de mes gonds, c’est bien celle-là. Voyons quelques exemples : dans le cadre du travail, l’Homme n’est aucunement une machine. Il est impensable d’imaginer qu’un être humain puisse respecter des règles de productivité mathématique infaillibles, parce que contrairement à son collègue robotisé, il éprouve des sentiments et des émotions qui font fluctuer son rendement. Et cela n’est guère punissable, car si aux yeux d’un contrat de travail établi, chacun est censé produire telle quantité de produit fini ou apporter tel chiffre d’affaires, il faut savoir admettre qu’une baisse de régime peut faire diminuer ces résultats, et que cela est excusable ! C’est pourquoi il est d’ailleurs nécessaire, dans le cadre du travail, de mettre ses salariés, collègues ou associés dans de bonnes dispositions afin qu’ils soient plus utiles, productifs, etc. (Cela est discutable, j’en conviens, mais toujours plus respectueux, même si tortueux, que l’ignorance des sentiments de son prochain). De même, il est inhumain de priver un Homme de sa liberté de penser, mais cela a déjà été constaté au sein des régimes totalitaires qui font partie de notre Histoire comme du présent de ce monde…

  • L’irrespect des points de vue

Le débat est un élément essentiel pour faire avancer la société, et c’est pourquoi je pense qu’être irrespectueux du point de vue de l’autre au point de ne pas pouvoir ouvrir le débat, est une profonde forme d’irrespect. Il est important pour chacun de pouvoir exposer son point de vue, sur des sujets divers et variés, afin de pouvoir avancer. Qu’il s’agisse de questions futiles telles que les goûts cinématographiques ou musicaux, ou bien plus profondes comme en politique, une personne irrespectueuse du point de vue de l’autre fera un mauvais intervenant dans le cadre d’un débat. Il n’écoute pas, coupe la parole, parle plus fort que les autres, et c’est de par ces prestations à limite du supportable qu’il finira lui-même par être raillé par ses homologues. L’arroseur arrosé !

Si le propre de l’Homme peut résider dans sa capacité à éprouver des sentiments, et donc à souffrir d’une injustice dont il a été victime, cela explique clairement ma haine de l’irrespect : aucun de nous n’est né pour souffrir de la faute de son prochain. Même une souffrance brève, à cause d’une critique mal placée, peut devenir un vrai calvaire si elle est répétée. L’irrespect de la condition humaine peut pousser la victime à se remettre en question au point d’oublier de se respecter elle-même… Chaque petite manifestation de cet irrespect peut prendre des proportions énormes, et pousser à des extrémités que l’on imagine pas.

Si je fais le nécessaire pour être respectueuse de ceux qui m »entourent, je ne suis pas à l’abri d’une moquerie envers un proche, un peu d’humour noir… Mais cela n’est jamais fait sans humour, on peut être cynique et respectueux, et c’est là toute la difficulté de la chose d’ailleurs. Trop croient y arriver, mais en sont malheureusement bien loin. Enfin, dans certains cas j’ai été – je suis et je serai encore – la victime de cet irrespect. Autant que faire se peut, j’essaie parfois d’étudier certaines de mes souffrances, afin d’en trouver la raison. Dans bien des cas j’ai compris que je subissais l’irrespect de quelqu’un, de façon minime ou bien plus poussée. Je pense alors que c’est en vainquant le mal à la source que j’arriverai peut être à moins souffrir, et j’invite chacun à en faire autant.

 

Kaa’

Les Ondes Résistantes

A l’initiative d’un ami, ce cher Epondyle dont on parle souvent ici, est né le collectif de bloggeurs « Les Ondes Résistantes« . Le règlement total pour prétendre avoir la possibilité d’apposer le logo des Ondes Résistantes est lisible ici.

L’adhésion est libre, et chacun pourra choisir de signaler son partenariat sur la page dédiée. Le mot d’ordre étant « liberté d’expression« , chaque adhérent aux Ondes Résistantes affirme écrire ce qu’il pense, sans aucune pression extérieure. Et c’est bien ce que je fais ici depuis un certain temps, et ce que je compte continuer de faire.

C’est d’ailleurs la raison d’être de ce blog, et nombre d’entre vous savent pourtant qui se cache derrière Kaa-chan depuis quelques années. Cela ne m’empêchera jamais d’affirmer clairement mes goûts, musicaux, cinématographiques, ou simplement mon opinion sur des sujets divers et variés. Tout cela explique clairement pourquoi j’aborde des sujets aux antipodes les uns des autres, et qu’il est difficile pour moi de captiver l’attention d’un lectorat unique. Car il faut être honnête, si l’on écrit c’est avant tout pour être lu !

En tout cas, j’ai fait quelque peu de tri dans mes anciens articles, et je compte bien développer des articles de fond sur des thématiques qui me plaisent – et qui ne plairont peut-être pas à tous, mais c’est tant mieux, car ce sera l’occasion d’ouvrir le débat !

A bientôt j’espère,

Kaa’

Pourquoi… l’autorité sociale ? [Chapitre 2]

Je me pose décidément énormément de questions ces derniers temps… Mais il m’est apparu évident que ces réflexions sur des sujets variés ne méritaient pas d’être mises de côté. J’ai regardé, pour la seconde fois, un documentaire sur France 4 dimanche soir en deuxième partie de soirée relatant de l’autorité sociale, et de son application dans l’univers des jeux télévisés.

Pour ceux qui n’auraient pas vu le reportage ou n’en auraient pas entendu parler, un petit résumé :

Extrait de l'expérience de Milgram

Au début des années soixante, un scientifique, nommé Milgram, a tenté une expérience sous forme de jeu. Il a demandé à un certain nombre de candidats de poser une liste de questions à un partenaire, situé dans une autre pièce. A chaque mauvaise réponse, le partenaire (un acteur, avec des réponses pré-enregistrées) prenait des coups de courant, et ce de plus en plus fort jusqu’à la fin du jeu. Le binôme ressort donc gagnant s’il arrive au bout de l’aventure, sachant que les supposés coups de jus dépassent les 300 volts. On dit déjà aux enfants de pas foutre les doigts dans une prise à 220… Cette expérience tenait à démontrer que sous la pression d’une autorité supérieure, en l’occurence le scientifique surveillant l’expérience, une personne lambda était prête à passer outre ses valeurs personnelles (respect de la personne humaine, entre autres), car elle n’arriverait pas à se rebeller.

En 2010, l’expérience a été reconduite pour le documentaire « Le jeu de la mort ». Les scientifiques (sociologues et psychologues) engagés ont tenté de reproduire l’expérience de Milgram au plus près, afin de pouvoir comparer les chiffres et d’en tirer des conclusions. L’autorité est alors représentée par la présentatrice de la pseudo émission de télé, Tania Young, ainsi que par le public présent. Les cobayes savent alors qu’ils tournent un épisode pilote d’une émission de télé, et qu’ils n’ont pas 1€ à gagner dans cette histoire. Pourtant, sur les 80 personnes (sélectionnées dans un panel n’ayant jamais participé à un jeu TV), aucune ne refusera de tourner ce pilote, sachant pourtant qu’ils vont devoir faire subir un châtiment physique à leur partenaire.

Le Jeu de la Mort

Lors de la première expérience, si mes souvenirs sont bons, Milgram avait obtenu un total de 62% de participants, capables d’aller jusqu’au bout malgré les cris de douleur de leur partenaire et ses différentes injonctions à laisser tomber. Sur cette même expérience en 2010, 81% des candidats étaient capable d’aller jusqu’à la puissance maximum. Ils savent pourtant qu’ils ne gagneront pas un sou, mais les différents « ordres » formulés par la présentatrice, pourtant en retrait, et les appels du public (maîtrisés par un chauffeur de salle), auront poussé les participants jusque dans leur retranchement.

  • 16 personnes seulement, sur 80, ont réussi à passer outre l’autorité sociale qui les entourait.
  • 15 personnes sont allées jusqu’au bout sans manifester une seule fois leur inquiétude, ou leur désir d’arrêter.
  • Quasiment tous ont rit lors de la première exclamation de douleur de leur partenaire : le corps réagit de cette façon instinctivement, afin d’évacuer la tension, d’où l’expression « rire nerveux ».

Ces chiffres m’ont effrayée : comment peut-on en arriver là ? Comment un être humain, plein de valeurs, de principes, qui a été éduqué dans le respect de la dignité humaine, peut-il faire sciemment souffrir un inconnu pour… rien ? Et bien la réponse est simple : parce qu’en 2010, la télévision représente une autorité suprême, et même nos valeurs les plus profondément ancrées, ont du mal à la repousser.

Au-delà même de la télévision, j’ai essayé d’extrapoler cette expérience à différentes situations quotidiennes. L’autorité sociale est partout, au final : peu importent le discours que l’on tient et le sujet abordé, il y a presque toujours une oreille présente qui se transformera en une autorité supérieure au point que le discours, par son fond ou sa forme, finira par s’adapter, et ne plus être aussi représentatif de notre opinion.

Dans certains cas, ce sont nos amis ou connaissances qui sont cette autorité : difficile d’assumer parfois des goûts culturels totalement différents de ces agens, car il y a toujours un risque d’être jugé, étiqueté, et relégué au second plan. Et dans ce cadre social, ce sont ces amis qui possèdent le pouvoir de juger si oui ou non vous possédez une place dans ce cercle.

Le cadre du travail est lui aussi un endroit ou l’autorité sociale s’applique profondément – avec l’enjeu de l’argent en plus : si votre patron vous impose de faire une tâche qui remet en cause vos plus profondes valeurs, aurez-vous la force de dire non ? Peut-on remettre en question l’autorité supérieure quand celle-ci détient de pouvoir de vous licencier ? Je n’en suis pas sûre. Et je vous assure que prendre conscience de cela ne rend pas les affrontements silencieux durant les réunions plus faciles à digérer.

Enfin, la famille est elle aussi un bon exemple, car ce sont vos parents, vos frères et soeurs, qui vous jugent le plus sévèrement. En effet, contrairement à la croyance commune, votre famille place plus d’espoir en vous que tous vos amis réunis, ce qui fait d’eux les juges les plus difficile à convaincre, peu importe le discours que vous tiendrez.

Loin de moi l’envie de clore ce sujet, qui je pense ouvre justement de nombreuses réflexions supplémentaires, je terminerai tout de même cet article par une conclusion qui m’est propre. Et qui est rédigée bien loin de toute autorité sociale.

Je pense que tout le monde n’est pas soumis à toutes les autorités sociales qui l’entoure. En effet, à l’instar des 16 personnes du Jeu de la Mort, certains arrivent à se rebeller et à faire passer leurs valeurs avant tout. De plus, il y a certains cas dans lesquels cette autorité ne se manifeste pas : j’évoque ici ceux qui ont su s’entourer de personnalités ouvertes d’esprit, à la maison, ou au boulot. Si chacun était assez ouvert d’esprit, que le respect de l’autre et de ses choix était en première ligne dans l’éducation des mouflets, et que nous perdions notre capacité à juger ce qui ne nous regarde pas… alors peut-être qu’à ces seules conditions « l’autorité sociale »  serait bien moins présente, et donc moins lourde à supporter. Notons cependant, que si l’autorité sociale me chie dans les bottes, ce sujet très compliqué mérite bien plus qu’un article. Et que des tas de gens bien mieux que mois ont du traiter ce sujet de fond en comble.

En attendant, je vais tenter de vaincre cette autorité quasiment omniprésente au moins un petit peu, car je sais que je ne serai pas réellement moi-même tant que je continuerai de m’y soumettre.

Draco Malfoy – Traître, victime ou diva ?

Draco Malfoy - Copyright FeliceMelancholie

Je ne vais pas retracer ma longue histoire d’amour avec Draco Malfoy, car elle ferait pâlir de jalousie mon propre mari. Ce personnage bien que fictif, s’est rendu attachant à mes yeux bien au-delà de la description qu’à pu en faire J. K. Rowling dans les différents opus de la saga Harry Potter.

Tout d’abord, pour rappel, Draco Malfoy n’est qu’un personnage secondaire dans les différents tomes de la série. Il joue cependant un rôle prépondérant dans le tome 6, où après lui avoir lancé le Sectusempra, menaçant de tuer le blond, puis l’avoir vu renoncer à tuer Dumbledore, Harry découvre que son camarade Serpentard est presque enrôlé chez les Mangemorts mais pas tout à fait. Cette situation sur le fil du rasoir est d’ailleurs assez mal justifiée par l’auteur de mon point de vue. Dans le dernier tome, on sait que Narcissa et Draco adoptent tous les deux le même comportement vis à vis d’Harry : l’un fait semblant de ne pas le reconnaître, et le second de le croire mort. Ils auraient pû être torturés par le Lord Noir pour cela, car ils ont par deux fois permis au jeune Gryffondor de gagner une victoire sur le Seigneur des Ténèbres. Ils auraient pû rejoindre le camp des gentils, mais ç’aurait été trop louche. Alors, ils ont simplement fui, et l’on ne saura que dans le fameux épilogue que Draco n’est pas mort ou enfermé à Azkaban, puisqu’il amène son fils Scorpius (Shame on you, J. K. Rowling !) à la gare de King’s Cross en même temps qu’Harry.

Dans la saga cinématographique, le personnage de Draco Malfoy est interprété par Tom Felton. Si le personnage me fascine, je dois admettre que l’acteur n’est pas un canon de beauté. Je suis en plus incapable de dire s’il est bon acteur ou non : impossible pour moi de juger un film qui n’est pas français, à cause des traductions. Quant aux versions originales, je dois admettre que, puriste que je suis, je ne les ai jamais regardées.

En bref, il n’est pas facile de définir ce personnage, en se fondant seulement sur l’oeuvre originelle de Rowling ou même les adaptations cinématographiques. Mais j’ai depuis ressassé un très grand nombre de fanfictions, écrit moi-même mes scénarios, et à mes yeux, les personnages sont donc bien différents, ou en tout cas plus approfondis, que ceux décris par l’auteure anglaise.

Draco - Copyight Chouette-e

Au final, ne lisant que des fanfictions où le rôle de Draco est central, j’ai décelé plusieurs façon de présenter le personnage qui ont chacune leur intérêt.

Il est parfois présenté comme un tyran, ou un traître, c’est d’ailleurs souvent la situation initiale du récit qui le présente comme tel car rares sont les auteurs de fanfictions qui font de lui un méchant jusqu’au bout. Il est mangemort ou presque, et s’il ne l’est pas ce trait de son caractère s’exprime dans sa façon de se comporter avec les autres personnages. Il est hautain, ses répliques sont acerbes, et il n’a que peu de respect pour la race humaine – et encore moins pour les autres créatures. Si l’on retrouve cette constante dans les fanfictions, c’est simplement pour les rendre crédibles aux yeux des lecteurs : le personnage présenté par Rowling ne peut pas être gentil de but en blanc, sans qu’il y ait au moins besoin d’une explication préalable dans un prologue qui justifiera ce revirement de situation. Et c’est aussi ce cynisme constant qui fait de lui le personnage le plus intéressant à mettre en scène, à mes yeux.

Souvent, il est présenté au second abord comme une victime. Victime de la guerre entre les deux camps, victime de ses parents mangemorts et cruels, ou de ses camarades de classe prônant la suprématie des sangs purs alors qu’il aurait lui-même un autre avis sur la question. Cela fait de lui un être fragile, donnant alors une bonne raison au récit de prendre une tournure plus romancée, arrosée d’amitiés nouvelles et même d’histoires d’amour. Car oui, c’est souvent de ça qu’il s’agit dans les fanfictions que je lis, une histoire d’amour entre mon protagoniste préféré et… Harry Potter.

Aussi loufoque que cette situation puisse paraître, j’ai lu différentes fanfictions crédibles, pourtant basées sur la totalité des tomes de l’oeuvre originale, où ces deux personnages finissent en couple. En effet, c’est grâce à toutes les ambiguïtés du récit de Rowling qu’il est possible d’imaginer un tel scénario : Draco Malfoy étant un personnage si secret et plein d’énigmes qu’il n’est pas impossible, si la suite potentielle est bien menée, de croire à une histoire entre les deux jeunes hommes.

Enfin, l’autre facette de la personnalité du Serpentard qui est abordée est son côté diva. On le connait dans les romans comme un jeune homme aux cheveux gominés, toujours très élégant, et vêtus de robes de sorcier griffées. De ce fait, même lorsque les auteurs amateurs le revêtent de tenues « moldues », il est toujours très à son avantage. Il prend toujours très soin de lui au point que les scènes humoristiques tournent régulièrement autour de son physique. Draco Malfoy est à chaque fois une diva au caractère bien trempé, même s’il devient absolument dingue amoureux de sa némésis.

J’ai lu énormément de fanfictions au sujet de ces deux protagonistes, au point qu’aujourd’hui, le nombre d’auteurs ayant fortement diminué, j’ai de grosses difficultés à trouver de nouvelles lecture à mon goût. D’autant plus que certaines absolument mielleuses me donnent envie de passer à autre chose aussitôt les première lignes englouties.

D’après moi, ces trois traits de caractère de Draco Malfoy sont essentiels à une bonne fanfiction « Drarry » ou « HPDM » selon le jargon employé. Mais il faut simplement ne pas en abuser si l’on veut que l’histoire reste crédible ! Petit conseil aux auteurs, débutants comme aguerris, ce n’est pas parce que 75% des fanfictions annoncent que Dumbledore est fan de bonbons au citron, que vous êtes obligé de balancer cette anecdote. Alors, quelques questions ou mises au point :

1. Pourquoi Draco Malfoy a-t-il toujours l’odeur de la verveine ? Je ne sais même pas ce que ça sent, la verveine.

2. Est-on toujours obligé de décrire le Serpentard comme un anorexique involontaire ? Il peut pas avoir un peu de muscles sous sa robe de sorcier ?

3. A moins d’un crossover avec L’étranger de Camus, c’est un personnage qui peut avoir des sentiments. Et donc, il n’est pas si niais au point de mettre 12 chapitres avant de se rendre compte que « la boule qu’il a dans le ventre » est en fait de « l’amour ». D’ailleurs, l’amour, ce n’est pas une boule dans le ventre, ça c’est de la constipation.

Je m’en retourne de suite à la fanfiction en cours, [« Goule et polynectar raté » de Llalie est disponible sur fanfiction.net], qui possède un titre bien pourri mais qui est pour l’instant pas trop dégueulasse. J’en parlerai peut-être un de ces jours !

Kaa’

Pourquoi… vouloir un mouflet ? [Chapitre 1]

Il y a quelques temps de ça, un ami m’a demandé, très sérieusement et a priori un peu gêné de poser une question qui lui paraissait indiscrète, pourquoi j’avais voulu avoir un enfant.

Sa question se comprend aisément, car après avoir fait nos études ensemble, nous avons chacun évolué de notre côté et, ayant le même âge, nos vies ont changé sans que l’on ait eu l’occasion de discuter posément de toutes ces « mutations ». Cette question qui lui paraissait tabou ne l’était absolument pas pour moi, et ne devrait l’être pour personne. Tout bêtement pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas de réponse à cette question. En tout cas, pas de réponse qui soit la bonne ou la mauvaise.

Enfin si, répondre « je veux un enfant pour toucher les allocations » ou bien « parce que j’ai peur que mon mec me quitte si je dis non (ou inversement si l’on pose la question à un homme, of course) », ça c’est une mauvaise réponse.

Mais cette fois, je parle bien uniquement des gens qui ont désiré avoir un enfant, ou en tout cas ceux qui ont choisi de garder un enfant qui n’aurait pas été au programme. Pour tout ceux-là, il n’y a pas de bonne réponse à avoir, chacun saura donner la sienne en fonction de son ressenti. Choisir d’élever un marmot par les temps qui courent, c’est la plus belle preuve d’amour que l’on puisse faire à son conjoint, à l’enfant que l’on va mettre au monde, et que l’on puisse se faire à soi-même.

Qu’on soit homme ou femme (même si le dernier cas va être plus simple à expliquer de mon point de vue), lorsque l’on choisit d’avoir un enfant avec son conjoint, c’est une preuve de confiance : on dit à l’autre qu’on le sait capable de gérer tout ça. Gérer les difficultés de la grossesse (ou de l’adoption d’ailleurs), les complications potentielles, puis les nuits d’insomnies, les privations qu’il faudra subir, les changements conséquents de la vie quotidienne, bref, qu’on l’aime tel qu’il est, et tel qu’il sera.

Cet enfant viendra tout retourner sur son passage dès lors qu’il aura agrippé de sa première cellule le fond de l’utérus de sa mère, jusqu’à… hé bien jusqu’au bout. Il transformera chaque journée en défi, et ses parents auront l’impression de vivre chaque jour un nouveau triathlon, où il sera impossible de se doper.

Et en même temps, élever un marmot est la chose la plus gratifiante pour soi-même que l’on puisse vivre. Finalement, ce sera l’occasion de se prouver que l’on est plus qu’un individu, on est un prescripteur d’individualité. Dans chacune des choses que l’on inculquera au fiston, il deviendra une personne à part entière grâce à nous, et ce dès son premier areuh.

Peu importent les raisons les plus terre à terre que je pourrais fournir à la question de mon ami… Elles ne sont ni honnêtes, ni réalistes. Je suis fière d’avoir voulu cet enfant, et d’avoir envoyé bouler ma pilule contraceptive pour la troquer contre des revues spécialisées dans les conseils d’éducation complètement sectaires. Je suis fière de ça, parce que je crois que ce jour est l’accomplissement d’un long chemin vers lequel chacun se dirige. Finalement, je pense que cette décision, la plus importante que l’on puisse prendre dans une vie, résulte de la capacité à prendre du recul sur ce que l’on est.

J’ai désiré avoir un enfant parce que je me sentais enfin prête à être moi. Et je ne regrette rien.

Kaa’